Wordsmith Translation: Qu'est-ce que la traduction ?

Qu'est-ce que la traduction ?

Si vous avez atteint cette section du site, c’est parce que vous avez décidé d’en savoir plus. En effet, cette profession est si peu connue ou comprise en dehors de ceux qui la pratiquent, que vous ne seriez pas le seul à ne pouvoir décrire la traduction mieux que : “vous prenez des mots dans une langue et puis vous les mettez dans une autre”. Cependant, si vous êtes en train de lire ceci, vous savez déjà que ça implique beaucoup plus.

Parce que la traduction est une activité qui est très peu comprise, elle est également très mal comprise. Nombreux sont ceux qui pensent qu’il suffit d’être bilingue pour que la traduction se fasse naturellement. Après tout, il suffit de passer d’une langue à l’autre, n’est-ce-pas ?

Consultez la section Traduction en action ci-dessous.

Il suffit de taper “traduction” dans un moteur de recherche sur Internet pour que l’écran soit instantanément noirci de logiciels de traduction, de traductions simultanées en ligne gratuites et de dictionnaires électroniques avec des fonctions de traduction. Vous pourriez aisément penser que la traduction est un procédé purement mathématique et que si une machine en est capable, pourquoi en faire tout un plat ?

Le fait est qu’un ordinateur est incapable de traduire. : vérifiez-le vous-même immédiatement en testant le plus avancé des logiciels de traduction. Un ordinateur ne sera d’ailleurs jamais capable de traduire, de même qu’il ne pourra jamais écrire un roman ou inventer une histoire drôle. La traduction nécessite de la réflexion, des compétences, du style et du talent !

Pour en savoir plus sur la Traduction assistée par ordinateur, consultez la section Outils TAO.

Les gens qui parlent deux langues (ou plus), ont non seulement deux langues mais deux mondes parallèles qui coexistent dans leur cerveau. Ces deux mondes partagent la même information qu’ils nomment de façon différente, mais contiennent aussi des informations propres à chaque monde. Ainsi, la France et l’Australie ont chacun du pain (mais l’appellent différemment) mais la France n’a pas de crumpets et l’Australie n’a pas de ficelles.

Il s’agit d’un concept simple pour les personnes bilingues. Elles comprennent que certaines choses existent uniquement dans un de leurs mondes et utilisent chaque langue selon la situation. Les traducteurs vont plus loin. Ils font leur métier de ces voyages au-delà des frontières, rapportant avec eux ces éléments divergents.

Pour en savoir plus sur les Différences entre personnes bilingues et traducteurs, consultez la section Pièges.

La traduction en action

Que se passe-t-il donc vraiment dans la tête d’un traducteur lorsqu’il travaille ? Au niveau le plus transparent, on observe le traducteur en train d’écrire, de la même manière qu’un écrivain écrit, sauf que l’inspiration du traducteur vient d’une source différente. Plutôt que d’inventer les idées qui sous-tendent son texte, le traducteur les puise directement d’un texte dans une autre langue. Il les absorbe et les passe au tamis de son esprit créatif, comme un écrivain, pour aboutir à une phrase grammaticalement correcte et élégante qui exprime ce qu’il cherche à dire.

Pour ce faire, un traducteur doit posséder une parfaite compréhension du texte original, ainsi que le vocabulaire et la connaissance grammaticale de l’autre langue. Enfin, il doit avoir la plume et le flair d’un écrivain pour rendre ce message élégant. Ça n’a donc pas l’air très compliqué, il suffit d’être bilingue et de savoir écrire, c’est ça ?

Si nous commençons à décomposer chacun de ces processus, il est évident que chaque étape est bien plus complexe que ça. Considérons déjà l’étape initiale de la compréhension parfaite du texte original.

Examinons tout d’abord le vocabulaire. Bien que vous ayez une maîtrise parfaite de votre langue maternelle, ne vous arrive-t-il pas parfois de rencontrer un mot que vous ne connaissez pas (ou comprenez mal) en lisant un journal, un roman ou un poème du 18ème siècle ? Imaginons maintenant que ce mot varie selon qu’il s’agisse d’un rapport financier, d’un contrat juridique, de notices pharmaceutiques, d’instructions d’assemblage ou d’un manuel de programmation. Nous connaissons tous des domaines particuliers mieux que d’autres, et les traducteurs ne sont pas une exception à la règle, mais notre métier consiste à connaître plus de domaines que la plupart des gens, et dans toutes nos langues de traduction.

Envisagez à présent la formation nécessaire pour avoir une connaissance grammaticale parfaite d’une langue étrangère, ainsi qu’un sens raffiné de la stylistique, du ton, du registre, de la nuance, du sens caché, des expressions métaphoriques, des jeux de mots, sans oublier que le texte original est plus ou moins bien écrit. Le traducteur doit non seulement faire une lecture littérale du texte mais doit être également capable de lire entre les lignes, de dégager le message sous-jacent et en particulier de reconnaître les allusions culturelles que celui-ci peut cacher. Ajoutez à la langue les nuances de compréhension culturelle qu’un lecteur doit posséder pour interpréter un texte avec sensibilité. A l’inverse de la langue, la culture ne peut s’apprendre à distance. Vous découvrirez que la plupart des traducteurs ont vécu pendant longtemps dans le ou les pays de leur deuxième langue.

Après l’aspect linguistique et culturel, le traducteur doit s’intéresser à une autre dimension du texte original : son auteur. A la différence de l’écrivain, le traducteur n’écrit pas son propre texte et il se doit d’être le plus fidèle possible à l’auteur original. Ainsi, qui cet auteur ? Quel est son style d’écriture ? Quelle était sa “voix” ? Pourquoi a-t-il écrit ce texte ? Quelle était son intention ? Un traducteur doit essayer de comprendre tous ces aspects s’il veut reproduire fidèlement le texte original. Une partie importante de cette étape se fait de façon inconsciente quand le traducteur lit et absorbe le texte original. Il se peut cependant que cette étape implique un volume de recherche très important, notamment en ce qui concerne l’identité des lecteurs du texte original et l’impact que l’auteur a souhaité avoir sur eux.

Bien sûr, certains éléments décrits ci-dessus ne sont nécessaires que pour une traduction littéraire, l’auteur d’un manuel d’instructions pour téléphone portable n’ayant qu’un seul objectif en tête et probablement pas de style d’écriture. Cependant, ce sont autant d’aspects qu’un traducteur ne doit pas considérer comme allant de soi lors de l’étude d’un texte et qu’il ne peut négliger.

Imaginons donc que le traducteur ait effectué le travail préliminaire (et qu’il ait été formé correctement et exposé à la langue et à la culture du texte original) et qu’il comprenne maintenant parfaitement le texte original. Le traducteur commence alors à réfléchir à des traductions possibles de ces idées dans le vocabulaire et la grammaire de l’autre langue. C’est à ce moment qu’il est très important que la langue dans laquelle il traduit soit sa langue maternelle. En effet, bien qu’un traducteur ait étudié une deuxième langue de façon extrêmement poussée et passé de longues périodes immergé dans la culture de cette langue, il est exceptionnellement difficile et très très rare d’atteindre un niveau de connaissance comparable à celle d’un locuteur natif.

Et bien que de tels cas existent (j’ai moi-même la chance de connaître personnellement deux de ces personnes), ils constituent l’exception absolue à la règle. Pour la plupart d’entre nous, il est ainsi tout simplement préférable de traduire uniquement vers notre langue maternelle. La différence entre une personne de langue maternelle et un non-natif qui maîtrise très bien une langue, réside dans le sens inné de ce qui “sonne juste”, aussi peu scientifique que cela paraisse. Les recherches montrent qu’un non-natif, même s’il parle la langue parfaitement, n’a qu’une capacité très limitée à jouer avec les mots et la syntaxe pour créer différentes nuances de style et de sens. Ainsi, un texte parfaitement correct sur le plan grammatical paraîtra toujours un peu figé. Vous le liriez en vous disant, “effectivement, c’est correct mais je ne crois pas que je le dirais de cette façon”.

Pour en savoir plus sur les Différences entre personnes de langue maternelle et non-natifs, consultez la section Pièges.

La compréhension parfaite du texte original et la compétence très technique à formuler du sens dans une autre langue sont maintenant établies. Le traducteur se trouve alors devant une constellation de choix, qui découlent tous de sa compréhension du texte original et de son aptitude à écrire dans l’autre langue. Considérons les différences entre les options suivantes :

Le chat s’est assis sur le paillasson.
Le minou est assis sur le chemin de couloir.
Le félin s’est positionné sur le tapis.
La minette s’est installée sur le couvre- lit.
Le matou a posé son derrière sur la moquette.
Le mistigri a pris position sur la carpette.
Le chaton a garé son cul sur les carreaux de moquette.
Sur le jeté de lit, s’est allongé le felis silvestris catus.

Quelle est la différence ? Toutes ces phrases sont en français tout à fait correct et conjurent l’image d’un certain animal dans une certaine position à un certain endroit. S’agit-il uniquement d’un choix de mots ? Y a-t-il différents registres et nuances ? Qu’en est-il du temps ou de l’ordre des mots ? Alors, quelle est la meilleure traduction ? Et bien, cela dépend totalement de notre parfaite compréhension du contexte original. Ces options ne représentent en réalité qu’une petite partie des choix disponibles au traducteur, si les langues ont des systèmes de conjugaison complètement différents ou réfèrent à un aspect culturel qui est absent d’une des deux langues. Il revient alors au traducteur de faire un choix, ce qui explique que deux traductions ne soient jamais les mêmes et qu’un traducteur n’emploie presque jamais les termes “juste” ou “faux”.

C’est aussi là qu’entrent en jeu les compétences de transfert linguistique et culturel du traducteur, une aptitude spécifique et académique que les traducteurs professionnels ont étudié et affûté à un haut niveau. Il s’agit d’une compétence que les personnes bilingues, les professeurs de langues et les autres professionnels de la langue ne possèdent pas.

Pour en savoir plus sur les Différences entre personnes bilingues et traducteurs et les Différences entre traducteurs et autres professionnels de la langue, consultez la section Pièges.

C’est très bien de parler deux langues, mais à moins que vous ne soyez formé et entraîné, il y a beaucoup de chance que votre capacité à transférer une information d’une langue à une autre ne soit que limitée, sans que vous le réalisiez. Les traducteurs doivent non seulement être formés à chacune de leurs langues, mais également à cette compétence spécifique de transfert linguistique.

Dans la phase finale de traduction, le traducteur s’appuie uniquement sur ses talents d’écrivain pour produire un texte correct, très affûté et élégant, qui se compare avec la finesse de l’écriture de l’auteur initial. Ceci est un élément qui est très difficile à enseigner à une personne qui ne possède pas déjà une certaine dose de talent.

Une fois qu’une traduction est terminée, elle doit être relue et révisée pour examiner certains éléments comme la cohésion et la cohérence du texte et affiner des nuances lexicales, syntaxiques et sémantiques.

Et voilà, vous avez traduit la recette de la soupe à l’oignon de Mamie et ce sera 25 euros !

Se former au métier de traducteur

Vous avez maintenant un aperçu des étapes de traduction et une plus grande appréciation des compétences requises, mais comment se forme-t-on au métier de traducteur ?

Jusqu’à une époque récente, les traducteurs se reposaient sur une formation “sur le tas” : ils étaient éduqués de façon bilingue, travaillaient dans un domaine spécifique, vivaient à l’étranger et, à travers leur métier, étaient amenés à traduire des documents dans leur spécialisation, en apprenant au fur et à mesure la profession de traducteur à travers des essais et des erreurs, en tirant l’information de leurs propres lectures, etc. Heureusement, les choses sont maintenant moins laissées au hasard ; la traduction a été reconnue comme une profession à part entière et les traducteurs peuvent désormais obtenir des diplômes spécialisés dans des universités prestigieuses à travers le monde entier. Il y a maintenant cinq universités en Australie qui proposent des études de traduction (voir la section Amis).

A côté des études supérieures, il existe aussi des organismes d’accréditation qui conduisent des examens de traduction (NAATI en Australie) et des associations professionnelles qui régissent les normes et la déontologie de la profession (AUSIT en Australie, SFT en France, ASTTI en Suisse, CBTIP en Belgique, FIT sur le plan international…). Pour traduire de façon professionnelle en Australie, il faut avoir au minimum le niveau 3 de l’accréditation professionnelle NAATI. Quand vous sélectionnez un traducteur, vérifiez ses qualifications universitaires, son accréditation et son adhésion à des organismes officiels.

Il doit être noté que quand vous commencez des études de traduction ou que vous vous soumettez à un examen, vous êtes censé maîtriser déjà parfaitement toutes vos langues. Les formations de traduction ne sont pas des formations de langue et la maîtrise parfaite de toutes les langues est un pré-requis. Vos langues sont d’abord des outils que vous utiliserez pour apprendre l’art de la traduction, sans elles vous êtes un peu comme un écrivain sans stylo. De même, les examens de traduction ne sont pas des tests de langue, ne croyez pas que parce que vous parlez deux langues vous pouvez réussir à un examen de traduction. Vous avez deux jambes mais pouvez-vous courir un marathon ?

Le traducteur invisible

Le métier de traducteur est peu connu ou mal compris parce qu’un des critères principaux utilisés pour déterminer une bonne traduction est l’habilité du traducteur à disparaître ! Dans la pensée populaire, une “bonne” traduction est une traduction qui se lit comme un texte original : le lecteur ne doit pas pouvoir faire la différence. Pas étonnant alors que le traducteur soit à peine mieux connu que l’écrivain fantôme, leur talent réside dans leur habileté même à ne pas exister !

Plus récemment cependant, ce courant de pensée à été remis en question. Il est maintenant largement accepté qu’il n’est pas possible d’éliminer la “voix ” du traducteur d’un texte (après tout, il l’a écrit !), et que ce n’est pas non plus désirable : une traduction est un texte à part entière, avec sa propre identité.

Cependant, il est encore assez commun que les noms des traducteurs n’apparaissent même pas sur les livres qu’ils traduisent (par peur des éditeurs que les traductions ne se vendent pas aussi bien que les textes originaux), et que les lecteurs ne soient absolument pas conscients qu’ils lisent une traduction. Nous savons tous par exemple que Hamlet a été écrit en anglais et nous savons également que l’auteur en est William Shakespeare. Le fait est cependant, que nous n’avons pour la plupart jamais lu un seul mot de ce que Shakespeare a écrit. Et malheureusement, la vaste majorité d’entre nous ne saura pas qui a écrit le livre qu’elle a lu.

La prochaine fois que vous choisissez un livre dont le nom de l’auteur a une consonance étrangère, vérifiez s’il s’agit d’une traduction. Où le nom du traducteur apparaît-il ? Sur la couverture ? A la troisième page ? A la dernière ? Pas du tout ?

Les ressources du traducteur

Un traducteur utilise de multiples ressources au cours de son travail. Il est par conséquent une sorte d’expert en recherche d’information et en documentation. Au-delà des références évidentes aux dictionnaires bilingues et monolingues, aux thésaurus et aux encyclopédies en format papier et électronique, un traducteur moderne fera un usage significatif des glossaires techniques sur CD-ROM et en ligne, et des bases de données terminologiques. Il s’abonnera à des journaux spécialisés pertinents, participera à des forums professionnels en ligne avec la communauté des traducteurs, aura des contacts fréquents avec d’autres traducteurs et spécialistes de ses langues et domaines d’études, et sera un consommateur vorace d’information sous toutes ses formes : presse, radio, télévision, Internet et autres. Quand un traducteur consulte une source d’information, il enregistre et catégorise inconsciemment (ou consciemment) chaque terme technique ou nouveau pour un usage ultérieur dans son travail.

La bibliothèque typique d’un traducteur contiendra certainement la plupart, si ce n’est tous les éléments suivants : des dictionnaires et des glossaires techniques spécialisés (juridique, médical, financier, commercial, marketing, ingénierie, etc.), des dictionnaires de rimes, des thesaurus et des dictionnaires de synonymes et d’antonymes, des dictionnaires d’argot, des livres sur les métaphores et les idiomes, des dictionnaires illustrés, des encyclopédies, des atlas, des dictionnaires de citation, des livres sur les grands événements, des almanachs, des livres de référence grammaticale et de conjugaison, et aussi un certain nombre de livres et de journaux sur une vaste variété de sujets. Le traducteur touche à toutes les disciplines et doit acquérir et maintenir un très large éventail de connaissances.

Les outils TAO

En plus de toutes ces ressources, le traducteur moderne peut aussi utiliser tout un ensemble d’outils TAO, ou Traduction assistée par ordinateur. Il est très important de faire la distinction entre TAO et TA (Traduction automatique), puisque la première implique une série d’outils que le traducteur utilise dans son travail pour l’assister, alors que la seconde est un logiciel qui recrache un texte généré par un ordinateur, sans intervention humaine. La différence de qualité entre deux textes produits par ces deux types de logiciel est évidente.

Il y a plusieurs types d’outils TAO, le plus utilisé d’entre eux étant la MT ou Mémoire de traduction, du type SDL Trados, Wordfast ou Déjà-Vu. D’autres outils TAO incluent, entre autres, l’alignement du texte, la gestion terminologique, la concordance, le fouillage de texte et de données, l’extraction de termes, la localisation et les outils de reconnaissance de la voix. C’est au traducteur de déterminer quels outils il utilise et jusqu’à quel point.

Bien que ces outils soient de plus en plus répandus, particulièrement dans les agences de traduction, il est important de se souvenir que les programmes logiciels TAO ne sont que des outils d’assistance à la traduction. Ils n’amélioreront en aucun cas la qualité d’une traduction. La compétence d’un traducteur ne dépend pas du fait qu’il choisisse ou non d’en utiliser un, de la même manière qu’un écrivain peut choisir d’utiliser un programme informatique pour l’aider dans son travail, ce qui n’en fera d’aucune façon un meilleur écrivain. En matière de qualité, l’utilisation d’un correcteur d’orthographe peut se traduire par moins d’erreurs dans le texte d’un écrivain, et l’utilisation d’un programme MT par une plus grande cohérence terminologique dans le texte d’un traducteur. Cependant, un écrivain consciencieux qui vérifie lui-même son orthographe ou un traducteur méticuleux qui vérifie sa propre cohérence terminologique aboutiront au même résultat.